Le roman de Renault : 2004, si près et si loin…

En 2003, Renault s’est invité à la table des tops teams avec ses quelques podiums et sa victoire de Budapest. Le constructeur suivait son tableau de marche et pouvait légitimement espérer mieux pour 2004, c’est à dire dépasser l’une ou l’autre équipe de tête. Ce qu’il fit… non sans décevoir en même temps.

Outre le départ de Mike Gascoyne pour Toyota, l’équipe partait avec un handicap non négligeable : son moteur. La réglementation imposait un bloc pour le weekend entier, ce que ne pouvait endurer le fameux V10 à 111 degrés, sans parler de son manque de chevaux. Flavio Briatore décida donc de s’en séparer, au grand dam de l’ancien responsable de l’usine de Viry-Chatillon, Jean-Jacques His, qui quitta l’équipe. Il fallait partir d’une feuille blanche avec neuf mois de travail, un délai assez court à l’échelle de la Formule 1. Pour rester en terrain connu, Renault a repris un angle proche de celui de ses années de gloire : 72° contre 71 pour celui de 1997. Les essais hivernaux s’annonçaient résolument optimistes quant à sa durée de vie, permettant ainsi une augmentation progressive de la puissance au fil des mois. Reste aux pilotes de dompter la R24, entre la révélation qu’était Fernando Alonso et la (légère) interrogation que restait Jarno Trulli.

Dans un premier temps, Renault confirmait les promesses de 2003. Si Ferrari reprenait sa dynamique de 2002, McLaren essuyait les plâtres de sa MP4/19 et Williams ne tirait guère de bénéfices de son nez de morse. Ainsi, le Losange se plaça comme le meilleur des autres avec la surprenante BAR-Honda de Jenson Button, l’ancien pilote… Renault. Alonso finit troisième derrière la Scuderia en Australie, de même pour Trulli en Espagne et les deux amis accumulèrent les places d’honneur le reste du temps. Si l’Espagnol gâcha ses chances en qualifications en Malaisie et à Bahreïn, il remonta brillamment le lendemain, non sans se frotter rudement à un Mark Webber (autre poulain de Briatore) usant d’une résistance proche de celle de Michael Schumacher. Statistique gratifiante : en sept courses, Renault plaça ses deux voitures dans les points à six reprises !

En effet, lors du Grand Prix de Monaco, Alonso se paya le rail de la Principauté, gêné par un Ralf Schumacher à un tour ne lui cédant que la partie sale de l’asphalte sous le tunnel. L’Espagnol en fut quitte pour un sacré choc et une grosse colère envers l’Allemand il est vrai peu inspiré. Heureusement, Renault put rapidement oublier ce faux pas grâce à Trulli. Signant la pole position qu’il avait manqué de peu en 2000 sur Jordan, l’Italien tint son rang d’un bout à l’autre et résista à son ancien équipier Button en fin de course pour enfin remporter sa première victoire au bout de 117 départs. Seuls Rubens Barrichello et Mark Webber auront attendu plus longtemps que lui. Après s’être fait malmener en 2003, Trulli prenait la mesure de son équipier qui apprenait à son tour que le succès ne tombe pas forcément du ciel, même avec un si grand talent dans les mains. « Il lui fallait composer avec son nouveau statut de superstar » dira son équipe.

C’est à partir du Canada que la machine s’enraya. Partis sur une stratégie similaire aux Ferrari qui signèrent un nouveau doublé, les deux pilotes abandonnèrent sur panne de transmission. Une semaine plus tard, Trulli partit dernier suite à un souci technique pour finir quatrième et Alonso fut victime d’une crevaison après un départ magistral de neuvième à troisième. S’il signa la pole à Magny-Cours, il ne put rien faire face à la vista de Schumacher et de sa stratégie à quatre arrêts. Pire encore, Trulli chuta de la dernière marche au dernier tour en ouvrant maladroitement la porte à Barrichello. Inutile de préciser que Briatore n’apprécia guère ! A partir de là, Jarno perdit pied. Démotivation de la part d’un pilote marchant (trop) souvent au moral ou désintérêt de l’équipe à son égard ? Un peu des deux comme souvent, en plus de la malchance rendant à nouveau visite à l’Italien : rupture de suspension en Angleterre avec un gros carton en prime, débris coincé sous la voiture en Allemagne et défaillance du moteur en Hongrie. Moteur que Alonso dut changer à Silverstone, d’où un résultat nul en course. Au moins put-il sauver deux bons podiums à Hockenheim (après une superbe lutte face à… Button) et Budapest.

Le paroxysme fut atteint à Spa-Francorchamps. A priori peu favoris à cause de leur cavalerie encore un peu limitée, les Renault profitèrent d’une piste moins humide lors de leur tour rapide le samedi pour signer la pole et le troisième temps. Hélas, Alonso vit de l’huile maculer ses pneus arrière en course, provoquant un double tête-à-queue, tandis que Trulli chuta inexplicablement dans le classement, non sans un accrochage avec Montoya. Malgré une course fertile en rebondissements et en abandons, la Renault échoua à la porte des points. Même scénario en Italie où Jarno ne fit même pas illusion. Alonso était lui en course pour la victoire, sinon le podium avant une nouvelle pirouette dont il était seul responsable cette fois-ci. Cela étant, il était en position d’être relancé par les commissaires de piste puisqu’il n’avait pas calé et était posé sur un vibreur, mais l’Espagnol avait le malheur de ne pas piloter de Ferrari…

A ce moment le départ de Trulli pour Toyota était désormais acquis. Comme la Formule 1 aime les pirouettes du destin, Renault le remplaça pour 2005 par Giancarlo Fisichella, le même qui fut éjecté fin 2001 en faveur de son compatriote…Il était donc de bon ton avec ses dernières performances de se demander si Jarno allait tout simplement finir la saison. Réponse du constructeur : l’Italien fut renvoyé et remplacé pour les trois dernières courses par… Jacques Villeneuve ! Le Québécois viré/démissionnaire de BAR douze mois plus tôt n’était que trop content de renouer avec la marque l’ayant propulsé au titre mondial en 1997 mais avec un an d’inactivité, était-ce le meilleur choix ? D’autant qu’à côté, l’essayeur Frank Montagny connaissait par cœur la R24 avec un bagage technique intéressant et une pointe de vitesse appréciable, sans parler de sa nationalité. Briatore affirma que lancer le Français sans expérience de la course en F1 ne lui aurait guère rendu service. L’exemple de Romain Grosjean cinq ans plus tard tend à accréditer cette thèse mais Frank méritait mieux qu’un intérim pour Super Aguri…

D’autant que Villeneuve ne fit pas mieux que son prédécesseur, si ce n’est pire. Le Canadien mit du temps à retrouver ses repères et ne récolta pas le moindre point, malgré un rythme proche de son équipier à Interlagos. Celui-ci enchaîna les places d’honneur avec d’autant plus de mérite que sa monoplace ne tenait pas aussi bien la route que celle de 2003, Sauf qu’avec tous ces palabres, BAR-Honda s’empara de la deuxième place du championnat constructeur au détriment du Losange. Comme en 2002, des progrès faits mais des progrès à faire. Mais comme pour 2003, 2005 fut la réponse parfaite.

A propos Matthieu Mastalerz (75 articles)
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